Quelques mois après le dépôt d'une offre commune par Bouygues Telecom, Free-Groupe Iliad et Orange en octobre dernier, la procédure de vente de SFR connaît un net coup d'accélérateur, ouvrant ainsi la voie à un retour à trois grands opérateurs en France. À moyen terme plane un risque réel de hausse progressive des prix, même si des garde-fous devraient contenir les augmentations au moins jusqu’en 2027.
SFR : une vente qui s’accélère, sous forte pression politique
La due diligence sur Altice France, maison mère de SFR, n’a duré que cinq semaines, un délai inhabituellement court pour une opération de cette taille et de cette sensibilité. Près de 200 experts (banquiers, juristes, fiscalistes) ont passé au crible la situation financière du groupe jusqu’au 8 février, signe que toutes les parties avaient intérêt à aller vite.
Le consortium Orange–Free–Bouygues Telecom doit désormais déposer une offre ferme d’ici la fin avril, ce qui permettrait de caler le calendrier industriel sur le calendrier politique français. L’Élysée pousse en effet à un dénouement avant la présidentielle de 2027, estimant qu’une longue période d’incertitude pèserait sur les investissements et le climat des affaires.
En filigrane, l’enjeu est clair : si trois acteurs se partagent les actifs de SFR, le marché français passerait de quatre à trois opérateurs majeurs. Dans un marché ainsi concentré, il devient plus facile pour chaque opérateur d’anticiper le positionnement tarifaire des autres, ce qui réduit la probabilité d’une "guerre des prix" comme celle déclenchée par l’arrivée de Free Mobile en 2012. Moins d’acteurs signifie donc, en théorie, moins de concurrence frontale sur les promotions, et donc une amélioration possible des marges pour les opérateurs…
Le rôle décisif de l’Autorité de la concurrence
La vente de SFR ne pourra se faire qu’avec le feu vert des autorités de concurrence, en France (Autorité de la concurrence) et éventuellement à Bruxelles (Commission européenne). Celles-ci examinent ce type d’opération pour éviter qu’un groupe ou un petit nombre d’acteurs ne se retrouvent en position de force excessive sur le marché.
Dans le dossier SFR, l’Autorité de la concurrence et les trois opérateurs discutent déjà en coulisses de la répartition des actifs et des conditions à respecter, afin de raccourcir l’instruction officielle à moins d’un an. Comme dans d’autres consolidations télécoms, plusieurs garde-fous sont sur la table : cession d’antennes, obligations d’ouvrir certains réseaux à des concurrents ou encore engagements sur l’emploi.
Un point crucial pour les consommateurs tient aux contraintes possibles sur les prix. L’Autorité pourrait imposer un moratoire temporaire sur les hausses de forfaits, c’est‑à‑dire une période durant laquelle les opérateurs s’engageraient à ne pas augmenter ou à encadrer strictement leurs tarifs. De tels engagements, déjà évoqués par des sources proches du dossier, pourraient courir sur deux à trois ans, le temps de stabiliser le nouveau paysage télécoms sans choc brutal pour les abonnés.
Vente de SFR : ce qui pourrait changer sur votre facture
Quel impact pour les consommateurs ?
Avant 2027 : une relative prudence sur les prix
À court terme, tant que la vente n’est pas bouclée et que les autorités n’ont pas validé l’opération, les opérateurs avancent prudemment sur les prix. Ils savent que toute hausse trop visible, en plein examen de la concurrence, serait mal perçue et pourrait peser sur la décision des régulateurs. Les experts auditionnés au Sénat ou par les médias insistent donc sur un scénario de stabilité relative des prix au moins jusqu’en 2027, sous l’effet combiné de la surveillance de l’Autorité et de la pression politique.
Concrètement, les consommateurs mobiles peuvent s’attendre, à court et moyen termes, à une forme de "statu quo surveillé" : des ajustements ponctuels sur certains forfaits, possiblement des hausses discrètes via la fin de certaines remises, mais pas de choc massif et généralisé tant que la transaction n’est pas finalisée et que les engagements de concurrence sont encore sous les projecteurs.
Après 2027 : vers un réajustement progressif
En revanche, plusieurs économistes jugent qu’un retour durable à trois opérateurs fera très certainement remonter les tarifs dans un délai d'un à deux ans après la consolidation, une fois les contraintes réglementaires desserrées. La logique est simple : avec moins de concurrents, la pression pour proposer des offres à prix cassés diminue et les opérateurs ont davantage de marge pour reconstituer leurs profits en augmentant doucement les prix, en réduisant certaines promos, ou en jouant sur les options et frais annexes.
Les hausses ne prendraient probablement pas la forme d’un bond brutal sur toutes les factures, mais plutôt d’une succession de réajustements progressifs :
- fin de certaines offres "choc" pour attirer les nouveaux clients ;
- légères augmentations annuelles justifiées par l’inflation, les investissements dans la 5G ou la qualité de service ;
- regroupement de services (forfaits + contenus, options payantes) qui augmentent la facture moyenne sans toucher au prix facial du forfait d’entrée de gamme.
Les forfaits les plus agressifs (offres très bon marché ou très généreuses en data) risquent de se raréfier. On pourrait voir se multiplier des forfaits intermédiaires un peu plus chers, avec parfois des services supplémentaires (5G, streaming, options internationales) qui rendent les hausses moins visibles, mais augmentent le coût global pour l’abonné.
Pour les consommateurs, l’enjeu sera donc de rester attentifs à l’évolution de leur facture et de continuer à mettre les opérateurs en concurrence, y compris les MVNO qui proposent des tarifs bien plus compétitifs. Edcom, comme toujours, sera pour eux à l'affût des meilleures offres !